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L’accès à la réanimation des personnes âgées par temps de Covid

Cet article est un résumé libre du débat qui s’est tenu lundi 19 octobre à l’Hôpital Cochin à l’initiative de Véronique Fournier (La Maison de la vie vieille), Eric Favereau (Réseau Attention fragiles), Philippe Bataille (Vieux et Chez soi) et Francis Carrier (Greypride), auquel l’association « Pour les droits des aînés et de leurs proches » a été conviée.

La philosophe Cynthia Fleury, le journaliste François de Closets et le sociologue Michel Wieviorka ont approfondi et éclairé la question du tri des patients.

Le tri des patients, une réalité ? On a beaucoup laissé entendre qu’en France, on aurait renvoyé les personnes âgées chez elles, sans les soigner. Or l’absence de réanimation n’est-elle pas décidée sur des critères médicaux ? Selon Michel Wieviorka, la société des « fake news », la société de la rumeur donne à penser qu’il y a débat alors que les questions ne se sont peut-être pas posées ou, en tout cas, pas avec cette prégnance-là. Pour Cynthia Fleury, il n’y a peut-être pas eu de priorisation puisque les EHPAD se sont en quelque sorte censurés et n’ont pas envoyé leurs personnes âgées en réanimation. Y a-t-il eu une priorisation avant la priorisation ?

Le choix. Priorisation, triage, affectation du dernier ventilateur ou du dernier lit, le grand public a découvert que la médecine faisait des choix. Si deux patients se présentent au même moment, à qui attribuer le dernier lit disponible ? Cette question renvoie à l’éthique, à l’élaboration de critères en fonction des valeurs d’une société : qui choisit-on et comment ?

Cynthia Fleury expose que plusieurs critères se conjuguent pour faire des choix : le tableau clinique inaugural, l’espérance de vie, l’âge, les effets collatéraux, la perte de chance. Par exemple, concernant le tableau inaugural, le Docteur Patrick Aeberhard considère que l’alitement prolongé impliqué par la réanimation sera souvent fatal aux personnes en surpoids, aux personnes diabétiques, ou à celles présentant de l’hypertension.

Il y a des protocoles et des collégialités. Dans des situations de rareté de la ressource, la ressource est subdivisée. C’est une éthique utilitariste. La priorisation est « éthique » quand elle n’est pas uniquement construite sur l’invalidité de nos choix sociaux. 

Le troisième patient. Le cas du dernier lit à attribuer alors que deux patients se présentent est trop simpliste. Que faire du troisième patient ? Que faire des pathologies hors covid non soignées et de la perte de chance de survie de ces malades ? Pour le Professeur Guidet, chef de service de réanimation de l’hôpital Saint-Antoine, il y a une compétition entre les malades du covid et les autres. La déprogrammation des opérations chirurgicales a entraîné des pertes de chances pour ces autres patients.

Le choix et la pénurie. Pour Michel Wieviorka, si la question éthique du choix se pose, c’est qu’il y a pénurie. Le patient, le citoyen, l’homme se demande pourquoi cela n’a-t-il pas été préparé ? Qu’est-ce qui fait qu’une société ne se prépare pas ?

Est-ce que cela résulte d’un aveuglement des dirigeants, d’une impéritie ou encore d’un choix car cela coûte trop cher de se préparer ?

François de Closets nous rappelle que gouverner, c’est gérer la pénurie pour qu’il n’y ait pas de violence. Il faut refuser aux uns, donner aux autres, faire des arbitrages. C’est le cas en médecine. Par exemple, on vit dans une pénurie permanente de greffons. La santé est collective, personne ne se soigne seul. Dans la mesure où nous dépendons de la collectivité, elle doit sauver beaucoup de vies. Qu’on se mente en disant qu’on a découvert les choix est insupportable. Avec les investissements que l’on fait, on donne la priorité à certains malades au détriment d’autres, cela a toujours été ainsi.

La crise Covid, ajoute Véronique Fournier, a rendu visible au plus grand nombre que la pénurie est en quelque sorte consubstantielle à la médecine, et que c’est le cas dans tous les pays du monde. En prendre conscience devrait conduire à réfléchir à comment prioriser l’affectation des ressources disponibles. Si l’on n’y réfléchit pas, les choix risquent de ne pas être optimaux. C’est dans cette optique que l’on pourrait par exemple se demander s’il ne devrait pas y avoir des limites à l’hyper-médicalisation de la vie, et notamment de la vieillesse. Est-ce qu’on n’en fait pas trop ? Le cardiologue Patrick Aeberhard, qui a pratiqué en temps de guerre pour Médecins sans frontières et Médecins du monde, et qui a « fait du tri » toute sa vie, témoigne au contraire que l’on peut opérer des patients du cœur jusqu’à 95 ans. Certaines études en gériatrie montrent que les patients qui ont été opérés du cœur ou ont été en service de réanimation ne le regrettent pas.

Les critères du choix. Les normes proposées et édictées qui président au choix sont relatives à l’ordre des valeurs et du rapport de force à l’œuvre dans la société, selon Michel Wieviorka.

Par exemple, si l’on privilégie les jeunes par rapport aux plus vieux, cela peut vouloir dire qu’on privilégie les compétences ou encore qu’on laisse la place aux plus jeunes. Si l’on en appelle à la subjectivité de la personne et qu’elle choisit librement de laisser la place à un jeune, cela se justifie. Mais un tel choix, qui serait imposé, mènerait inévitablement à un conflit intergénérationnel. Un tel choix oppose l’économie, l’emploi, d’un côté et la vie, la santé, de l’autre.

Pour François de Closets, s’il y a plus de malades que de greffons, on fait des choix, il faut des critères. Le critère de l’âge n’est, selon lui, pas à exclure car la catastrophe est qu’une vie soit brisée avant d’avoir déployé ses potentialités. En France, on a eu un débat pendant un an sur la retraite et un point de basculement a été fixé en fonction de l’âge, cela n’a choqué personne.

Le critère de l’âge ne choque pas François de Closets : les « vieux » auraient dû volontairement dire qu’ils restaient chez eux pour que les jeunes aillent travailler.

Pour le chef de service réanimation à l’hôpital Saint Antoine, il est inadmissible de décider du sort d’un patient sur le seul critère de l’âge : fixer la règle « au-dessus de 70 ans, pas de réanimation », comme les Italiens l’ont fait, est inadmissible.

Hors de question également de faire un score : chaque décision doit être collégiale, individuelle, tracée dans le dossier. On peut introduire le concept de réanimation d’attente s’il y a des lits de libre. On reconsidère la situation du patient quand la famille est là, qu’on peut consulter le médecin traitant.

Le choix du patient : les directives anticipées. François de Closets dit qu’il a ses directives anticipées en permanence sur lui pour se protéger de tout acharnement thérapeutique. Véronique Fournier souligne que beaucoup de personnes atteintes de Covid n’ont pas fait valoir leurs directives anticipées.  Elles n’avaient pas prévu qu’elles puissent être utilisées en situation d’épidémie et ne les avaient pas rédigées pour cette sorte de circonstances. Bien sûr, certaines ont souhaité ne pas être réanimées, mais quand survient une situation dramatique de santé, les directives anticipées ne tiennent pas toujours.

Les personnes âgées et les personnes très âgées. Pour François de Closets, il faut resituer le débat d’un point de vue intergénérationnel, alors que nous tendons à penser la société en fonction des classes sociales (les très riches, les classes moyennes, les pauvres, les misérables). Qu’une génération exploite une autre génération, cela choque. Or c’est cela qui s’est passé. Il y a 30 ans, les vieux étaient les retraités. Mais nous avons gagné 25 ans de vie en 30 ans. Et il y a maintenant deux catégories de personnes âgées. Confondre les jeunes seniors et les plus de 90 ans est absurde. Il faut séparer ces deux catégories.

Cynthia Fleury pose la question du lien entre autonomie et autodétermination. On tend à penser que la perte d’autonomie est liée à la perte d’autodétermination. Or ce n’est pas forcément le cas, ce débat devrait être rouvert. La philosophe a constaté la discussion sur le surconfinement des personnes âgées et cela l’étonne de voir qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Il existe une chosification très forte de la vieillesse.

Le choix du médecin. Pour Michel Wieviorka, la responsabilité du choix incombe finalement aux médecins car elle n’est pas assumée en amont, alors qu’elle devrait l’être. Il vaudrait mieux que ceux qui prennent les décisions y aient été préparé et puissent disposer de normes, d’outils. Des choix aussi importants que ceux-là ont quelque chose à voir avec des questions de société. Un médecin doit-il faire autre chose que soigner ? Peut-il trancher entre la vie et la mort d’un patient en raison de questions extérieures à la médecine ?

La préparation du choix. La réflexion en amont permet de se préparer aux catastrophes qui, même si elles frappent le plus souvent sans prévenir, permettent d’éviter de recourir à des choix lorsque les émotions sont sursollicitées, selon Michel Wieviorka. Le réel de la mort a été plus ressenti avec la pandémie. Le débat devrait être construit en amont. L’écueil d’un tel débat peut être celui de la généralisation du principe de précaution.

Le choix et la responsabilité. Pour Michel Wieviorka, même lorsque personne ne veut choisir, même lorsque l’on tire au sort, la question de la responsabilité se pose. De toute décision découle une responsabilité et du reste de l’absence de prise de décision découle aussi une responsabilité. On voit poindre une double responsabilité : une responsabilité du choix, et une responsabilité devant le tribunal, en réparation des préjudices des familles de ceux qui n’auront pas été choisis.

La judiciarisation du choix. Pour Cynthia Fleury, nous défendons, en France, des éthiques jurisprudentielles, a posteriori. Ce qui se joue avec cette crise, c’est peut-être une judiciarisation qui ne dit pas son nom. Une question se pose, en toile de fond, pour nos dirigeants : à qui imputera-t-on les morts lors de mon mandat et les morts hors de mon mandat ? Le phénomène de priorisation peut être compté et dénombré, celui de mort sociale est beaucoup plus difficile à imputer.

Avocat et handicap

Le taux de recours contre les décisions MDPH est inférieur à 3,2% et pourtant 100% d’entre elles peuvent être contestées lorsqu’elle ne donnent pas satisfaction à la personne en situation de handicap.

Un article rédigé par la journaliste Audrey Tabuteau, à retrouver dans le Bulletin du Barreau du 28 octobre, depuis la page Linkedin ou Facebook :

https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6730527550201712640/

https://www.facebook.com/CarolinePierrey

Quelle juridiction pour l’aide sociale ?

Avec la sous-commission du Barreau de Paris « la protection des personnes vulnérables »,  Maître PIERREY a organisé une visioconférence lors de laquelle est intervenu Monsieur DENIEUL, magistrat honoraire juridictionnel du pôle social du Tribunal judiciaire de Paris :

À voir ou à revoir sur la page Facebook du Barreau de Paris.

Au programme, notamment :

– une présentation détaillée du pôle social du Tribunal judiciaire de Paris, créé en janvier 2019

– le mode et le délai de saisine du Tribunal judiciaire

– la suppression du Tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI), du Tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS), de la Commission départementale de l’aide sociale (CDAS) et de la Commission centrale de l’aide sociale (CCAS)

– les compétences partagées entre le juge judiciaire et le juge administratif

– les recours en récupération d’aide sociale en présence d’obligés alimentaires (arrêt du Tribunal des conflits, 8 avril 2019)

– la généralisation du recours administratif préalable obligatoire (RAPO)

– des cas pratiques, des exemples de dossiers traités par le Tribunal

– le juge du pôle social et l’équité

Les conséquences de l’épidémie de covid-19 sur les délais de procédure en droit du handicap

Sur les vingt-sept ordonnances adoptées en Conseil des ministres le 25 mars 2020, deux ont des conséquences majeures sur les délais de procédure en droit du handicap. L’ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais[1], a été plusieurs fois modifiée, par une ordonnance du 13 mai 2020[2] et une ordonnance du 3 juin 2020[3].

Le présent article porte sur :

  • le recours administratif préalable obligatoire (RAPO) contre une décision de la Commission départementale des personnes handicapées (CDAPH)
  • le RAPO contre une décision du Président du Conseil départemental
  • le recours contentieux devant le pôle social du Tribunal judiciaire (nouveau nom du Tribunal de grande instance)
  • l’appel devant la cour d’appel de l’ordre judiciaire

Attention : les dates sont données au regard du droit applicable à ce jour, qui est susceptible d’évoluer en raison de l’épidémie et de l’inflation de textes.

1. Dans quel délai former un recours préalable administratif obligatoire (RAPO) contre une décision de la Commission départementale des personnes handicapées (CDAPH) ou contre une décision du Président du Conseil départemental ?

Normalement, le délai pour former un RAPO est de 2 mois à compter de la réception de la décision[4].

Cependant, en l’état actuel du droit en vigueur[5], prévoit que le délai pour engager un RAPO est suspendu à compter du 12 mars 2020[6].

Cela signifie qu’il est toujours possible de former un RAPO si la décision à contester est datée à partir du 12 janvier 2020, ou si elle a été reçue à partir de cette date.  

Jusqu’à quand le délai est-il suspendu ? La date n’est pas encore fixée, l’ordonnance prévoit qu’elle devra l’être par un arrêté du ministre chargé de l’action sociale, avant le 31 décembre 2020.

Attention, comme il s’agit d’une suspension de délai, le délai pour former le recours recommencera à courir à compter de la date qui sera fixée par arrêté, seulement pour le délai restant. Ce ne sera pas un nouveau délai de 2 mois qui commencera à courir à compter de la date qui sera fixée par arrêté.

Par exemple, pour contester une décision reçue le 5 mars 2020, le destinataire a normalement jusqu’au 5 mai 2020 pour former un RAPO. L’ordonnance prévoit que le délai est suspendu à compter du 12 mars 2020. Ainsi, à compter de la date qui sera fixée par arrêté, le destinataire aura 2 mois moins 6 jours pour former un RAPO. Ainsi, si la date fixée par arrêté est le 31 mai 2020[7], le délai pour adresser un RAPO expirera, dans ce cas, le 24 juillet 2020.

Toutefois, il est conseillé, par prudence, d’adresser le RAPO le plus tôt possible à la MDPH, par courrier recommandé avec accusé de réception, et d’en conserver une copie.

2. Le RAPO a été adressé mais la CDAPH ou le Président du Conseil départemental n’a pas rendu de nouvelle décision, à quelle date la décision implicite de rejet sera-t-elle acquise ?

Normalement, la décision implicite de rejet est acquise après un silence gardé pendant plus de deux mois[8].

Si le RAPO a été adressé entre le 12 janvier et le 11 mars 2020, le texte prévoit que le délai à l’issue duquel une décision devait intervenir implicitement est suspendu à compter du 12 mars 2020 jusqu’au 23 juin 2020 inclus[9].

Par exemple, si le RAPO a été adressé le 10 mars 2020, la décision implicite de rejet serait normalement acquise le 10 mai 2020. L’ordonnance prévoit que le délai est suspendu du 12 mars au 23 juin 2020. Ainsi, la décision implicite de rejet sera acquise 2 mois moins 2 jours, soit, dans cet exemple, le 21 août 2020.

Si le RAPO a été adressé à compter du 12 mars 2020, alors le délai n’a pas commencé à courir et le point de départ du délai est reporté au 24 juin[10].

Par exemple, si le RAPO a été adressé le 16 mars 2020, la décision implicite de rejet serait normalement acquise le 16 mai 2020 mais en l’état actuel du droit, la décision implicite de rejet de la CDAPH sera acquise le 24 août 2020.

3. Dans quel délai former le recours contentieux devant le tribunal ?

Normalement, le délai pour former le recours contentieux est de deux mois à compter de la réception de la décision explicite de rejet du RAPO ou à compter de la décision implicite de rejet du RAPO.

Une adaptation du délai est prévue : tout acte, recours, action en justice, qui aurait dû être accompli à compter du 12 mars 2020 et pendant toute la période de crise sanitaire « sera réputé avoir été fait à temps s’il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois » [11].

 Le texte a été précisé par une circulaire[12]. L’ordonnance ne prévoit ni une suspension générale ni une interruption générale des délais arrivés à terme pendant la période juridiquement protégée définie à l’article 1er, ni une suppression de l’obligation de réaliser tous les actes ou formalités dont le terme échoit dans la période visée.

L’ordonnance accorde simplement un délai supplémentaire pour effectuer ses démarches, délai qui ne doit, dans tous les cas, jamais excéder deux mois :

-soit le délai initial était inférieur à deux mois et l’acte doit être effectué dans le délai imparti par la loi ou le règlement,

-soit il était supérieur à deux mois et il doit être effectué dans un délai de deux mois.

On peut en déduire, pour la contestation d’une décision de la MDPH, que si le dernier jour pour former le recours contentieux est le 15 avril, le justiciable aura jusqu’au 24 août pour saisir le tribunal.

4. Le tribunal ou la cour a ordonné une consultation médicale et le médecin expert devait rendre son rapport à cette période, quand vais-je recevoir ce rapport ?

L’ordonnance portant adaptation des délais de procédure ne prévoit pas ce cas précis.

Ce cas est prévu par le droit commun : le juge peut proroger le délai dans lequel l’expert doit donner son avis, « si l’expert se heurte à des difficultés qui font obstacle à l’accomplissement de sa mission »[13].

Il est conseillé de contacter le médecin pour connaître ses délais de convocation. Toutefois, le médecin peut, si l’ordonnance le permet, rendre son rapport sans vous convoquer, au vu des seules pièces du dossier, que vous devez lui transmettre.

5. L’audience devait se tenir durant cette période, qu’en est-il ?

Les pôles sociaux peuvent, au regard du caractère non urgent de l’affaire, reporter à une date ultérieure l’audience, sans qu’il soit besoin de solliciter un report. Vous serez informé de la nouvelle date lors de la reprise de l’activité des tribunaux, par affichage, site internet ou contact téléphonique.

Lorsque l’audience de plaidoirie, la clôture de l’instruction, dans le cadre de la mise en état en procédure écrite ordinaire, ou la décision prise de statuer selon la procédure sans audience interviennent durant la période juridiquement protégée, le président de la juridiction peut décider que l’affaire sera jugée à juge unique

Dans ce cas de figure, il a été précisé[14] en application de l’article 5 de l’ordonnance, que les pôles sociaux des tribunaux judiciaires spécialement désignés siégeront sans les assesseurs représentant respectivement le collège des salariés et celui des employeurs.

6. L’affaire a été plaidée peu avant le début de l’épidémie, quand la décision sera-t-elle envoyée ?

Il faut s’attendre à ce que le délibéré soit prorogé, c’est-à-dire que la juridiction mette plus de temps à le rendre ou que l’acheminement par voie postale de la décision à votre domicile mette plus de temps. Cela dépend de chaque tribunal ou cour d’appel. Dès la réouverture des tribunaux, il sera possible d’appeler le greffe pour savoir à quelle date le délibéré a été prorogé.

7. Dans quel délai interjeter appel ?

Normalement, le délai pour interjeter appel d’un jugement du pôle social est d’un mois à compter de la notification du jugement[15]. La date de notification est la date du cachet de la poste ou la date de la signature de l’accusé de réception.

Si le jugement du tribunal a été reçu à partir du 13 février 2020, le délai d’appel a expiré ou va expirer pendant la crise.

Une adaptation du délai est prévue : tout acte, recours, action en justice qui aurait dû être accompli à compter du 12 mars 2020 et jusqu’au 23 juin 2020 « sera réputé avoir été fait à temps s’il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois »[16].

Le texte a été précisé par une circulaire[17]. L’ordonnance ne prévoit ni une suspension générale ni une interruption générale des délais arrivés à terme pendant la période juridiquement protégée définie à l’article 1er, ni une suppression de l’obligation de réaliser tous les actes ou formalités dont le terme échoit dans la période visée.

L’ordonnance accorde simplement un délai supplémentaire pour effectuer ses démarches, délai qui ne doit, dans tous les cas, jamais excéder deux mois :

-soit le délai initial était inférieur à deux mois et l’acte doit être effectué dans le délai imparti par la loi ou le règlement,

-soit il était supérieur à deux mois et il doit être effectué dans un délai de deux mois.

Ainsi, le délai pour interjeter appel étant inférieur à deux mois, il faudra interjeter appel dans le délai d’un mois, à compter du 24 juin 2020.

Par exemple, si le dernier jour pour interjeter appel est le 15 avril 2020, le justiciable aura un mois à compter du 24 juin 2020, soit jusqu’au 24 juillet 2020.


[1] Ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d’urgence sanitaire et à l’adaptation des procédures pendant cette même période

[2] Ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d’urgence sanitaire

[3] Ordonnance n°2020-666 du 3 juin 2020  relative aux délais applicables en matière financière et agricole pendant l’état d’urgence sanitaire

[4] Prévu par l’article L146-4 du Code de l’action sociale et des familles

[5] L’ordonnance du 25 mars 2020, telle que modifiée par les deux ordonnances suivantes, en sa version consolidée au 13 juin 2020

[6] Ordonnance n°2020-312 du 25 mars 2020 relative à la prolongation de droits sociaux ; article 3, III

[7] Date fictive

[8] Article R241-41 du Code de l’action sociale et des familles pour la CDAPH et article R241-17-1 pour le président du conseil départemental

[9] Ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020; article 7, alinéa 1er

[10] Ordonnance n°2020-306 ; article 7, alinéa 2

[11] Ordonnance n°2020-306 ; article 2

[12] Circulaire du 26 mars 2020 JUSC2008608C

[13] Article 279 du Code de procédure civile

[14] Circulaire du 26 mars 2020 JUSC2 2008609C

[15] Article 538 du Code de procédure civile

[16] Ordonnance n°2020-306 ; article 2

[17] Circulaire du 26 mars 2020 JUSC2008608C

La représentation par un avocat est-elle obligatoire devant le pôle social du Tribunal judiciaire ?

Pour contester une décision de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), une décision du président du conseil départemental concernant une carte mobilité inclusion « invalidité » ou « priorité », une décision relative à la prestation de compensation du handicap (PCH), à l’allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP) ou encore une décision relative à une complémentaire santé, le justiciable peut continuer à se défendre seul.

La question avait néanmoins son intérêt, puisque le décret n° 2019-1333 du 11 décembre 2019 réformant la procédure civile a modifié l’article 760, alinéa 1er, du Code de procédure civile, qui dispose que : « Les parties sont, sauf disposition contraire, tenues de constituer avocat devant le tribunal judiciaire ». Cette disposition s’applique depuis le 1er janvier 2020.

Par exception, l’article 761 du même Code dispose, notamment, que les parties sont dispensées de constituer avocat dans les cas prévus par la loi ou le règlement et dans les matières relevant de la compétence du juge des contentieux de la protection ainsi que lorsque la demande porte sur un montant inférieur à 10.000€.

Les matières relevant de la compétence du pôle social du tribunal judiciaire entrent-elles dans l’un de ces cas ?

Oui, l’exception est prévue par la loi. L’article L134-4 du Code de l’action sociale et des familles dispose, en son alinéa 1er : « Devant le juge judiciaire comme devant le juge administratif, en premier ressort et en appel, les parties peuvent se défendre elles-mêmes ». Cet article, situé dans une section 3 concernant les règles d’assistance et de représentation du chapitre IV contentieux (du titre III du livre Ier) donne la règle applicable.

Il faut, pour être complet, s’assurer que la représentation obligatoire n’entre pas dans le champ de l’exception de l’exception, prévue par l’article 761 du Code de procédure civile : la constitution par avocat est obligatoire dans les matières relevant de la compétence exclusive du tribunal judiciaire.C’est l’article R211-3-25 du Code de l’organisation judiciaire qui les énumère, mais les matières traitées par le pôle social n’y sont pas visées.

La représentation par avocat n’est donc pas devenue obligatoire devant le pôle social du tribunal judiciaire, ni devant le juge des contentieux de la protection.

Comment contester une décision de la MDPH depuis le 1er septembre 2019: par RPVA ou par voie postale ?

Pour contester une décision de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées, organe de décision de la MDPH, la personne atteinte de handicap ou son avocat, lorsqu’elle en a choisi un, doit continuer à saisir le pôle social du Tribunal judiciaire, en adressant la requête introductive d’instance par voie postale.

La réponse n’allait toutefois pas de soi pour les avocats, étant donné que le recours au Réseau Privé Virtuel des Avocats (RPVA) se généralise. Situé dans un titre Ier concernant les dispositions particulières au Tribunal judiciaire, l’article 796-1 du Code de procédure civile, créé par le décret n°2017-892 du 6 mai 2017 et entré en vigueur le 1er septembre 2019, dispose, en son premier alinéa : “I. – A peine d’irrecevabilité d’office, les actes de procédure sont remis à la juridiction par voie électronique.” Cet article se situe dans la dernière section du chapitre 1er intitulé “la procédure en matière contentieuse”. Or l’article 751 du Code de procédure civile, le deuxième article de ce chapitre, dispose “les parties sont, sauf disposition contraire, tenues de constituer avocat”. Les avocats devront remettre les actes de procédure par voie électronique au tribunal, dans les matières dans lesquelles la représentation est obligatoire.

Dans les matières relevant désormais du pôle social du tribunal, le décret n°2018-928 du 29 octobre 2018 a confirmé que la représentation par un avocat n’était pas obligatoire.

Il faut donc en conclure que la remise d’une requête au pôle social du tribunal ne doit pas obligatoirement être effectuée par voie électronique et qu’elle peut continuer à être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception. La pratique confirme, pour l’heure, ce raisonnement juridique, puisque des requêtes déposées via le RPVA, devant les tribunaux judiciaires de Paris et de Créteil, ont fait l’objet de messages de refus de la part des greffes et que ces tribunaux accusent réception et fixent des dates d’audience pour les requêtes dont ils ont été saisis par voie postale.

Le complément de ressources supprimé, la majoration pour la vie autonome toujours en vigueur

La loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019, en son article 266, supprime le complément de ressources, qui était prévu par l’article L821-1-1 du Code de la sécurité sociale, désormais abrogé.

Toutefois, les personnes qui bénéficiaient du complément de ressources avant le 1er décembre 2019, continuent à en bénéficier, dans la limite d’une durée de dix ans.

La majoration pour la vie autonome, prévue par l’article L821-1-2 du Code de la sécurité sociale ne connaît pas de changement. Elle est versée aux bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés, qui disposent d’un logement indépendant pour lequel ils reçoivent une aide personnelle aux logement et ne perçoivent pas de revenus d’activité à caractère professionnel.

Le montant mensuel de la majoration pour la vie autonome est actuellement fixé par l’article D821-3 du Code de la sécurité sociale, en son dernier alinéa, à 104,66 €.